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Communications affichées

Afi Agboli, chercheure post-doctorale, Université du Luxembourg

Le changement d’attitude à l’égard des mutilations génitales féminines : un engagement inspirant avec l’approche centrale des capabilités humaines

L’approche par les capabilités qui défend une universalité concrète de l’émancipation pour toutes les femmes peut être étendue au débat concernant la pratique des mutilations génitales féminines (MGF), une pratique reconnue comme néfaste, une violence basée sur le genre et un problème de santé publique en raison de ses conséquences négatives sur la santé des femmes. Le changement d’attitude à l’égard de cette pratique est possible en remettant en question cette norme sociale ancrée dans le système patriarcal.

L’objectif de cette recherche est d’examiner comment la justice réparatrice contribue à donner de l’autonomie aux femmes et ainsi aider dans leur guérison psychologique.

Un travail de terrain basé sur une méthode qualitative et des entretiens narratifs ont été menés auprès de femmes migrantes qui avaient déjà subi cette pratique, mais qui ont remis en question la norme sociale et ont décidé de ne pas l’appliquer à leurs filles.

Les thèmes qui ont émergé des données après analyse sont les suivant: la suppression des émotions, le conflit de loyauté, la réappropriation de soi et les choix.

Dans le processus de changement d’attitude à l’égard de la pratique des MGF, les femmes réinventent de nouveaux rôles de genre à partir de ce qui leur a été enseigné auparavant. Elles ont fait un choix et des préférences pour elles-mêmes et pour leurs filles.

Fiacre Kininga, Handicap international, République démocratique du Congo

Formation professionnelle et réinsertion sociale des femmes survivantes de violences sexuelles: cas de la fondation Panzi

Ce travail a porté sur la réinsertion sociale des femmes victimes de violences sexuelles prises en charge par la fondation Panzi dans la ville de Bukavu. Il cherchait à faire un état de lieux des contraintes rencontrées par les femmes survivantes de violences sexuelles dans l’exercice de leurs activités génératrices de revenus en vue d’une orientation stratégique. Une approche qualitative a été adoptée dans la collecte et analyse des données dont plus spécifiquement l’entretien et la retranscription. Les résultats obtenus montrent que la pâtisserie, broderie, coupe-couture sont des activités génératrices des revenus initiés pour le compte des femmes survivantes des violences sexuelles.

La raison majeure évoquée étant le niveau de rentabilité ainsi que la possibilité d’une certaine autonomie financière qu’elles bénéficient.Cependant, les résultats de l’étude montrent que le covid-19, l’insuffisance des matériels ou des outils de formation, le niveau d’expertise des encadreurs des femmes survivantes ces sont autant des contraintes auxquelles sont confrontées les femmes survivantes tout au long de leur formation professionnelle.

Au niveau de la fondation, bon nombre des contraintes sont également à signaler notamment les frais de fonctionnement, une faible capacité d’accueil, faible estimation des coûts de suivi ainsi qu’un faible accaparement du projet par les bénéficiaires. Ainsi, au vu des résultats obtenus dans le cadre de la présente étude, il s’observe que le travail de la fondation Panzi sur la réinsertion sociale des femmes survivantes est de longue haleine. Bien des choses restent encore à faire.

Lalique Browne, Université de Montréal, Canada

Examiner les problèmes d’implantation des lois d’avortement en Afrique sub-saharienne, sous le prisme de la justice reproductive ancrée dans le négo-féminisme

L’avortement est partiellement légalisé dans 48 pays d’Afrique subsaharienne (ASS) sur 54. Cependant, les cadres juridiques autorisant l’avortement sont généralement faiblement implantés. L’élargissement des droits à l’avortement n’améliore pas nécessairement l’accès à l’avortement.

Cette analyse examine les problèmes d’implantation des lois d’avortement en ASS, sous le prisme de la justice reproductive (JR) ancrée dans le négo-féminisme (N-F).

La JR est une théorie qui analyse les différents niveaux de forces contextuelles et sociétales dans l’accès à l’avortement. Nous suggérons que les problèmes d’implantation résultent de la transposition inadéquate de la lutte pour le droit à l’avortement des pays à revenu élevé aux contextes de l’ASS. Plusieurs forces sociétales, incluant des impératifs sociaux, religieux et moraux, prévalent sur la légalité de l’avortement en ASS. Nous suggérons l’usage du N-F (féminisme africain ancré dans des valeurs de négociation et de relations) pour naviguer ces forces et améliorer l’accès à l’avortement. Une stratégie de négociation prometteuse qui a émergé en Tanzanie a été la tolérance de l’État envers un marché clandestin émergent d’avortement médicamenteuse.

La JR permet de reconnaître les forces contextuelles qui forgent l’accès à l’avortement, tandis que le N-F pointe vers des pistes potentielles pour naviguer ces forces. Une utilisation intéressante du N-F est la tolérance envers l’avortement médicamenteux clandestine dans des contextes restrictifs. Cependant, nous reconnaissons les limites de cette approche et recommandons de poursuivre la lutte pour la légalisation de l’avortement en utilisant le N-F comme complément.

Nicole Muyulu, Institut supérieur en sciences infirmières, République démocratique du Congo

Apport de l’Institut Supérieur en Sciences Infirmières dans l’amélioration de la santé de la population par la formation initiale et l’autonomisation de la jeune fille en République démocratique du Congo

Créé en 1997, l’Institut Supérieur en Sciences Infirmières, ISSI, concourt à changer l’image de l’apport des infirmières dans l’amélioration de la santé de la population en République démocratique du Congo (RDC). Selon le Conseil international des infirmières, les soins infirmiers englobent la promotion de la santé, la prévention de la maladie et les soins dispensés aux personnes malades, handicapées et mourantes. L’ISSI contribue au développement de la profession infirmière et à la revalorisation sociale de l’infirmière en RDC.

En 2023, 585 infirmières ont terminé le premier cycle. Depuis 2014, 64 professionnels de santé, dont 54 femmes, ont obtenu leur diplôme en Master en Administration des programmes de santé. Dans le cadre de la reconversion sages-femmes, 14 infirmières ont conclu la passerelle et 20 autres la débuteront en octobre 2024. Différents projets de renforcement des capacités en cours d’emploi ont permis à plus de 4.000 infirmiers de se former en hygiène hospitalière, notamment grâce à la Cellule pour la promotion des pratiques d’hygiène créée par l’ISSI en 2007. Des formations sur les soins en urgence et en réanimation, sur l’éthique et la déontologie, sur les soins de base, sur l’accueil, etc. ont été organisées pour plus de 1000 infirmiers répartis dans tout le pays.

Lors des stages, les étudiantes apprennent à réaliser des diagnostics communautaires et à dispenser des soins de qualité. Les valeurs transmises à l’ISSI et vécues ensuite sont autant d’atouts supplémentaires pour impacter sur la santé de population.

Investir dans l’éducation et l’autonomisation des jeunes filles qui veulent devenir infirmières et sages-femmes est une manière d’investir sur la santé de la population dans un pays comme la RDC.

Yama Toure, CHU Saint-Pierre, Belgique

Comment libérer la parole des femmes issues de l’Afrique Sub-saharienne sur le thème de la violence conjugale dans la région de Bruxelles-Capitale ?

Introduction: La violence envers les femmes qu’elle soit le fait d’un partenaire intime ou de nature sexuelle est un problème de santé publique mondiale et une violation des droits des femmes. La Belgique est signataire en 2016 de la conférence d’Istanbul qui vise à prévenir et lutter contre toutes les formes de violence à l’égard des femmes et contre la violence domestique. L’approche centrée sur les femmes migrantes africaines concernant les violences conjugales reste peu connue. Une combinaison de facteurs : la condition de femme migrante et d’origine d’Afrique, rend ces femmes encore plus vulnérables dans leur milieu de vie.

Objectif : Identifier les représentations de la violence des femmes d’Afrique subsaharienne, la connaissance des services à Bruxelles contre les violences domestiques.

Méthodologie : Recherche qualitative par entretiens ont été auprès de sept femmes issues d’Afrique sub-saharienne.

Résultats : Les thèmes identifiés : 1) l’état de connaissance des violences conjugales , 2) la perception et impact des violences conjugales 3) la perception sur les faits et connaissance des structures de soutien disponible en région de Bruxelles-Capitale, 4) La violence subie, mais non perçue.

Conclusion : Mise en évidence des limites de la violence non perçue, des attitudes normales ou pas dans une relation de couple afin d’évaluer l’exposition à une situation de violence conjugale et, la méconnaissance des structures existantes qui sont actives dans la lutte contre les violences conjugales par les femmes africaines en région de Bruxelles-Capitale ne concourt pas à la libération de la parole. Il est ainsi important d’adapter le canal de communication en tenant compte des spécificités du public des femmes migrantes.

Amélie Gauthier, Université de Montréal, Canada

Concevoir l’écoanxiété au-delà de l’anxiété

Sous la forme d’une revue de littérature, cette proposition présente l’état des connaissances scientifiques sur les impacts psychologiques du changement climatique, et ce en ayant lu plus d’une soixante d’articles datant des quinze dernières années.

En partant d’une déclinaison de définitions distinctes, une typologie a d’abord été élaborée afin de comprendre les différentes représentations du phénomène. Les instruments de mesure évaluant le phénomène en fonction de leur conceptualisation ont ensuite été présentés, dont l’« Inventory of Climate Emotions », ce dernier étant le seul à mesurer huit émotions liées au changement climatique.

Au niveau des conséquences supposées de ce phénomène, cette revue a répertorié plusieurs études corrélationnelles avec des enjeux de santé mentale. Or, il faut reconnaître que les tailles d’effet restent modestes et qu’aucun lien de causalité ne peut être mis en évidence. Nous nous sommes donc attachés à présenter trois modèles théoriques éclairant le phénomène sous l’angle de la psychoéducation, dont le processus de l’écoanxiété et du deuil climatique.

Un regard a été aussi porté quant aux programmes ou interventions utilisés pour accompagner les individus. Par sa nouveauté, aucune étude évaluant un programme d’intervention n’existe et peu d’études portent sur les interventions à privilégier.

Cette revue met en lumière l’importance de produire des études empiriques longitudinales et des programmes d’intervention évalués à devis expérimentaux afin d’aider les individus touchés, tels que les femmes et les personnes victimes d’expériences directes du changement climatique.

Manon Hourdin, Médecins du Monde, Canada

Obstacles à une sexualité sûre et qui procure du plaisir chez les jeunes du Bénin et du Burkina Faso : Présentation des résultats d’une étude

Médecins du Monde a mené une étude en 2023 et 2024 pour explorer les obstacles à une sexualité sûre et épanouissante chez les jeunes de 15 à 21 ans au Bénin et au Burkina Faso, analysant l’impact de l’environnement social sur leur bien-être sexuel.

La présentation visera à disséminer les résultats de cette étude et à mener une discussion sur les défis spécifiques à une sexualité positive chez les jeunes. Les résultats informeront les actions futures visant à promouvoir des pratiques sexuelles sûres et satisfaisantes, en accord avec les recommandations de la Commission Guttmacher-Lancet pour une approche globale de la santé sexuelle.

À partir de 180 entretiens semi-directifs, les données révèlent des obstacles majeurs tels que les stéréotypes de genre, le manque d’informations fiables et la pression sociale (réseaux sociaux et entourage). Les résultats soulignent la nécessité d’intégrer des stratégies d’éducation sexuelle qui respectent et valorisent les expériences vécues par les jeunes, avec un accent particulier sur le renforcement des compétences relationnelles et la déconstruction des mythes nuisibles et pratiques néfastes.

La Commission Guttmacher-Lancet (2018) souligne que la santé sexuelle implique le bien-être général et non seulement l’absence de maladies, or les recherches sur la sexualité des jeunes ont longtemps été axées sur la prévention des risques. Cette étude contribuera à combler une lacune dans la compréhension des besoins sexuels des jeunes en Afrique Sub-Saharienne.

Célia Bossard, Plan international, Canada

How can they support if they don’t know? A rationale for engaging men in gender-responsive maternal health interventions to achieve good health for all

Chaque femme a le droit à la santé. Dans les pays où le paludisme est endémique comme le Sénégal, les femmes enceintes sont exposées à un risque accru de complications périnatales et de décès lorsqu’elles sont infectées. Le programme national de lutte contre le paludisme (PNLP) du pays recommande au moins trois doses de traitement préventif intermittent pendant la grossesse (TPI). En 2021, seules 38% des femmes sénégalaises ont reçu des doses de TPIp-3+ au cours de leur dernière grossesse ; l’objectif du PNLP est d’atteindre une couverture de 80% d’ici 2025.

Plan International a mené une étude en 2022 pour enquêter sur les connaissances des maris en matière de paludisme. En utilisant un échantillonnage à grappes proportionnel à la taille, des données quantitatives ont été collectées auprès de 357 maris (ou partenaires masculins) dans les régions de Kolda et de Tambacounda au Sénégal et analysées avec SPSS 28. 90% des hommes connaissaient les moustiquaires, mais seuls 18% connaissaient la chimioprophylaxie pour les femmes enceintes et enfants. La religion, la tribu, l’âge et le handicap n’ont pas eu d’incidence sur les connaissances en matière de TPI, mais les personnes ayant suivi un enseignement secondaire ou supérieur avaient une meilleure connaissance du TPI et de la posologie recommandée (X2 (1,N=357) =18,14, p<0,001 et X2 (1,N=180) =7,74, p=0,021, respectivement).

Après l’étude, Plan International a mis en place des clubs de maris dans les deux régions afin d’améliorer leurs connaissances sur le paludisme et promouvoir des masculinités positives. Il est essentiel d’investir dans des stratégies transformatrices en matière de genre comme les clubs de maris et d’en étudier l’impact pour atteindre les ODD 3 et 5.

Pichel Tshitenge Kalume, RENADEF, République démocratique du Congo

Riposte multisectorielle aux Violences sexuelles et celles basées sur le genre en République démocratique du Congo : Les avantages

Introduction : La problématique des VSBG demeure très préoccupante au monde. En RDC, la prévalence de VSBG est de 16,3% chez les femmes de 15 à 24 ans (Rapport EDS-RDC II 2013-2014). Le RENADEF est une plateforme d’ONGs, crée le 12/082002 à Goma au Nord-Kivu – RDC, qui milite pour l’élimination de toutes les forces de violences à l’égard des femmes et des filles. Le RENADEF a implémenté le programme de prévention et de riposte au VIH/SIDA et aux VSBG ciblant les Adolescents et jeunes filles (AJF), et les femmes dans 14 provinces de la RDC, de 2018 à 2020.

Objectifs visés : Réduire la vulnérabilité des AJF, des Femmes au VIH/Sida et aux VSBG, et les barrières qui entravent l’accès aux services de santé, de VIH/SIDA et de Santé Sexuelle et de Reproduction.

Discussion : Travail en synergie, Activités en milieux communautaire, sanitaire et scolaire, Échange d’expériences entre la RDC et l’Ouganda sur l’approche SASA ! Espaces d’éducation et d’information des jeunes, Coordination unique, Partage d’expériences entres les prestataires sur la prise en charge des AJF.

Conclusions : 500 acteurs formés, 1,2 millions de personnes sensibilisées, 15 formations sanitaires et 33 Cliniques juridiques dont la Fondation PANZI appuyées ; 7 040 cas des VSBG enregistrées : 17% ont bénéficié de la prise en charge médicale, 62% de la prise en charge psychologique et 42% de la prise en charge juridique et judiciaire, 40% dossiers ont abouti aux jugements dont 75% ont été exécutés.

Pour éradiquer les VSBG, les décideurs, les partenaires techniques et financiers ainsi que les communautaires doivent travailler ensemble. Lançons un appel aux décideurs pour leurs implications et aux partenaires pour la mobilisation des ressources en vue de soutenir les interventions de lutte contre les VSBG.

Stéphanie Bumba, Université de Montréal, Canada

Création d’ateliers virtuels sur l’éducation à la santé sexuelle pour des adolescentes de l’école Malaika en République démocratique du Congo

Depuis 2011, Malaika est une école primaire et secondaire qui assure l’éducation d’environ 430 étudiantes d’un village nommé Kalebuka, en République démocratique du Congo. Cet établissement abrite un centre communautaire proposant des activités sportives et des séances de littératie aux familles des étudiantes.

En avril 2022, la directrice et des enseignants de l’école Malaika ont exprimé le besoin d’avoir des cours approfondis sur les étapes de la puberté et la santé sexuelle pour les adolescentes. Avec leur accord, j’ai alors créé un livret et des cours interactifs couvrant le cycle menstruel, les changements physiques et hormonaux et les méthodes de contraception entre autres. L’objectif principal de ce projet était de contribuer à la réduction des risques de grossesses précoces en outillant les étudiantes à prendre des décisions libres et éclairées. L’objectif secondaire était également de s’engager dans la lutte contre les inégalités de genre dans l’accès à l’information sur l’éducation sexuelle. En guise de résultats, une trentaine d’étudiantes ont assisté aux séances bimensuelles d’une durée de trois heures, d’août 2022 à janvier 2023.

En conclusion, ce projet m’a enseigné l’importance de la collaboration continue avec l’équipe locale pour adapter l’enseignement au contexte socioculturel et aux ressources disponibles sur le terrain. Pour optimiser l’expérience d’apprentissage, tenir compte de l’instabilité de la connexion Internet à Kalebuka et proposer des cours enregistrés pour un accès différé est essentiel. Dans l’ensemble, être témoin de la détermination des jeunes filles à devenir des leaders dans le partage d’informations probantes sur la santé sexuelle est un accomplissement à long terme.

Emilie Gélinas, Université de Montréal, Canada
© Mathieu Dupuis
Gender-based violence among adolescent girls in Africa: What lessons can be drawn from field experiences?

La violence basée sur le genre (VBG) chez les adolescentes est un phénomène courant en Afrique avec des répercussions négatives sur les plans émotionnel, physique, sexuel et économique. Dernièrement, les interventions pour lutter contre cette problématique se sont multipliées. Or, peu d’études se sont affairées à documenter ces interventions ainsi que leur efficacité à prévenir les VBG et la prise en charge des survivantes. Une revue de la portée a donc été menée afin de synthétiser les connaissances sur les expériences de lutte contre les VBG chez les adolescentes en Afrique et d’identifier des leviers d’actions pertinents.

La revue de la portée a suivi la démarche proposée par Arksey et O’Malley. Les bases de données consultées pour les articles scientifiques étaient Pubmed et Cinhal et les sites internet des Nations Unies, de l’OMS et de la Banque mondiale pour la littérature grise. La recherche a été circonscrite durant la période de 2000 à 2023.

19 articles et documents ont été inclus dans la revue. Les interventions pouvaient être regroupées en quatre catégories : 1) les interventions communautaires, 2) les interventions d’autonomisation économique, 3) les interventions en milieu scolaire et 4) les interventions multisectorielles et globales. Si de manière générale des effets positifs ont été observés sur le changement des normes et des croyances sociales, les interventions communautaires et celles multisectorielles et globales se sont avérées plus efficaces que d’autres pour prévenir les expériences de VBG et intervenir auprès des survivantes.

Pour contrer les effets pervers de la VBG sur la santé sexuelle et reproductive des adolescentes en Afrique, les approches globale, multisectorielle, participative et adaptée au contexte sont à privilégier.

Philippe Kaganda Mulume-Oderhwa, Université Evangélique en Afrique, République démocratique du Congo

Rebondir : leadership social, autonomisation et pouvoir économiques des survivantes du viol après le retour en communauté. Etude appliquée au Sud-Kivu à l’Est de la République démocratique du Congo

La réinsertion socioéconomique en communauté fait partie des actions de soutien aux survivantes accompagnées par la Fondation Panzi depuis 1999 (Susan et al., 2010). Pour en saisir la pertinence et l’efficacité, cette étude fondée sur une méthodologie mixte et orientée par les théories de l’intégration sociale et de l’empowerment détermine que la réinsertion socioéconomique est le point culminant du « Modèle One Stop Center » ( Mukwege et Berg, 2016) par la promotion d’un leadership social, de l’autonomie et du pouvoir économiques des survivantes au sein de leurs communautés. La prise en charge permet aux survivantes d’initier des activités économiques acceptées et adaptées au système économique local.

Le revenu contribue à la satisfaction des besoins primaires des ménages, à l’autonomisation financière et à l’amélioration du statut mère – épouse – femme. Une moyenne de 30% de survivantes parviennent à assumer des fonctions de responsabilité (président, président adjoint, trésorier ou conseiller) à l’échelle de groupe restreint au sein de la communauté. Cependant, l’effort de (re) accommodation des survivantes manque le soutien planifié et structurel de la communauté. D’où la l’affaiblissement de la résilience et la réorientation économique moins rentable. En guise de recommandation, allonger la période de suivi à 5 ans ; renforcer les capacités structurelles des communautés.

Andy-Muller Nzinga Luzolo, Université de Kinshasa, République démocratique du Congo

Mutilations génitales féminines en République Démocratique du Congo : prévalence, caractéristiques socio-culturelles et conséquence à long terme sur la fonction pelvipérinéale

Introduction : En République démocratique du Congo (RDC), la prévalence de Mutilations génitales féminines (MGF Type I-III) était estimée à 5 % (OMS, 1997) et l’étirement des petites lèvres (Type IV) y est aussi pratiqué.

Objectifs : Déterminer la prévalence et le profil socioculturel des femmes avec MGF ainsi que leurs retentissements à long terme sur les fonctions pelvipérinéale et sexuelle.

Méthodologie : Il s’agit d’une étude transversale menée de 2021 à 2023 chez 507 femmes adultes vivant dans 6 provinces de la RDC. Etaient inclues les femmes ayant donné un consentement écrit. Etaient exclues les femmes enceintes ou en post-partum ≤ 6 mois et les mutilations de guerre. Un questionnaire était utilisé et complété par un examen périnéal. Différents tests statistiques ont été utilisés. L’α est fixé à 0,05.

Résultats : La prévalence de MGF était de 15,2% [types I – II (1,7%) ; Type IV (13,5%)] avec des caractéristiques cliniques identiques (p>0,05). Le type IV était plus pratiqué chez les Swahili (65,7%) et les Luba (27,1%) à 13,8 ans en moyenne. Les types I-II étaient pratiqués chez les Bangala (100%) à un âge ignoré. Les femmes avec MGF s’étaient plus mariées avant 18 ans et avaient une parité plus élevée avec deux fois plus d’incontinence urinaire et trois fois plus de dyspareunie et manque de satisfaction sexuelle que les femmes sans MGF (p<0,01). La force et le tonus des muscles du plancher pelvien, l’élasticité et béance vulvaires et autres dysfonctions pelviennes étaient identiques (p>0,05).

Conclusion : La MGF est pratiquée dans certaines tribus de la RDC. Elle est un des facteurs, avec le mariage précoce et multiparité, de l’incontinence urinaire, de la dyspareunie et du manque de satisfaction sexuelle.

Co-auteur(e)s : Reman T, Feipel V, Abdulcadir J, Maroyi Raha K, Mukwegwe D, Bertuit J

Tara Reman, Université libre de Bruxelles, Belgique 
Co-auteur(e)s : Andy Muller Nzinga, Kenny Raha Maroyi, Denis Mukwege, Veronique Feipel, Jeanne Bertuit

Violences Sexuelles (VS) en République Démocratique du Congo (RDC) et Fonction Sexuelle des Survivantes 

L’OMS considère que 30% des femmes au niveau mondial ont ou auront été victimes de VS au moins une fois dans leur vie. Ce pourcentage augmente dans les zones de conflits avec l’utilisation de la VS comme arme de guerre comme dans la région du Kivu, dans l’Est de la RDC [1]. Ces VS vont entraîner des conséquences sur la santé des survivantes particulièrement au niveau pelvien [2-4]. Cependant aucune étude n’a utilisé de questionnaires validés pour évaluer ces conséquences notamment sur la fonction sexuelle. Ce manque de données est problématique dans la mise en place de traitement de rééducation adapté dans les centres de prise en charge des survivantes au Kivu.

Le protocole de recherche d’une étude de cohorte rétrospective a été élaboré avec une taille d’échantillon de 310 femmes, recrutées dans les villes de Goma et Bukavu et réparties en deux groupes : un groupe de survivantes de VS et un groupe contrôle. Les critères d’inclusion utilisés étaient : avoir plus de 18 ans, vivre en RDC, parler français ou pouvant être traduite, être survivante de VS. Les critères d’exclusion retenus étaient la grossesse, le post partum précoce, les fistules obstétricales et le post-opératoire précoce des chirurgies pelviennes. En plus d’un questionnaire relevant les données socio-démographiques et les informations sur la VS, la fonction sexuelle a été évaluée via le questionnaire FSFI, validé en français.

Actuellement, les analyses sont en cours et sont présentés les résultats préliminaires sur 80% de l’échantillon calculé. La plupart des agressions sexuelles relevées avait été commises par des groupes armés (47,8 %) et le score FSFI total était significativement différent entre les deux groupes avec un score plus faible pour le groupe VS.

Le projet est soutenu par les acteurs régionaux ou les données cliniques permettront aux hôpitaux de références d’établir des protocoles de rééducation en concordance avec le terrain. Au niveau international, ces données permettront une meilleure prise en charge des survivantes migrantes.

Joelle Ngoie Musasa, Université libre de Bruxelles, Belgique 
Co-auteur(e)s : Philippe Kaganda, Adelaïde Blavier, Jennifer Foucart

Effets des guerres en RDC sur le développement psychomoteur des enfants

Contexte et objectifs : Les guerres exposent les enfants à des expériences traumatisantes qui perturbent leur développement psychomoteur, entrainant des conséquences néfastes sur leur psychisme et leur corps. Ces traumatismes provoquent une désorganisation psychomotrice, affectant la manière dont les enfants interagissent avec leur environnement et se développent sur les plans émotionnel, cognitif et moteur. L’objectif de cette étude est d’analyser la littérature existante afin de mieux comprendre l’impact des traumatismes de guerre sur la dynamique psychomotrice des enfants, soulignant ainsi la nécessité d’intervention adaptées pour soutenir leur développement dans le contexte de conflit.

Méthode : Une recherche par mots clés et par date (2013-2023) a été réalisée sur les bases des données PubMed, African. Journal Online, Science Direct, Cairn afin d’identifier les publications scientifiques traitant spécifiquement des troubles du développement psychomoteur conséquents au stress post traumatique chez les enfants ayant subi la guerre.

Résultat : 23 articles ont été sélectionnés, ils concernent principalement des études de cas et des études prospectives. Les notions abordées dans ces articles soulignent que les conséquences des traumatismes sur le développement psychomoteur. 4 troubles ont pu être identifiés : les troubles de la régulation tonique, les trouble de l’organisation spatio-temporelle, les troubles de l’image du corps et du schéma corporel.

Discussion et conclusion: La prise en charge des enfants victimes de guerre se doit de rétablir l’harmonie entre le psychisme et le corps, tous deux traumatisés afin de faciliter l’adaptation à leur environnement. Les approches corporelles sont souvent plus appropriées pour cet âge que les thérapies centrées uniquement sur la parole. Les thérapies axées sur la régulation émotionnelle, la réparation des liens interpersonnels et la sécurité affective sont essentielles pour favoriser leur rétablissement et leur développement optimal malgré les traumatismes subis.

Sabine Michiels, Université libre de Bruxelles, Belgique
Co-auteur : Jennifer Foucart

Psychomotricité et psycho-trauma

Les victimes d’agressions sexuelles accompagnées de violences extrêmes subissent des traumatismes psychiques et corporels affectant leur dynamique psychomotrice. Les conséquences sont multiples: troubles émotionnels, sensoriels, relationnels et spatio-temporels.. Cette vignette illustre les effets du trauma sur la dynamique psychomotrice d’une patiente. Elle témoigne de la déliaison entre le corps et l’esprit sous l’effet du trauma. Cette rupture corps esprit se manifeste sur le plan clinique par une désorganisation au niveau du corps, au niveau des repères spatio-temporaux, mais aussi au niveau de la pensée. L’événement innommable laisse une trace sous forme de matériel sensoriel brut non élaborable pour la victime, c’est en quelque sorte la « signature du trauma » (Nebout-Lenes, 2001). L’apport de la psychomotricité permet à la patiente, par le biais du corps, de revenir au « sensoriel », mais en lui donnant la possibilité d’une mise en acte et d’une mise en mots (Daudin & Defontaine, 2015). L’objectif des soins psychomoteurs étant d’aider à la verbalisation de l’expérience corporelle et des émotions qui l’accompagnent avec différents médias d’expression.

Justin Cikuru, Université libre de Bruxelles, Belgique
Co-auteur(e)s : Justin Cikuru, A. Blavier, P. Kaganda, J. Foucart

La prédominance du stress posttraumatique et son impact sur la satisfaction corporelle des patients à Bukavu

Objectif – Cette étude vise à d’identifier la prédominance de TSPT ainsi que sa corrélation avec la satisfaction corporelle des patients qui consultent dans les hôpitaux à Bukavu, région situé à Est de la RDC dans le Sud-Kivu, dominée par les guerres intempestives causant mort, désolation et autres événements traumatiques au quotidien.

Méthodologie – PTSD Checklist (PCL-5, vf) a été utilisé pour dépister le stress posttraumatique et le Questionnaire de Bruchon-Schweitzer (QIC) pour analyser la satisfaction corporelle des patients qui consultaient dans la médecine interne. Le seuil pathologique pour le PCL-5 était de >=32 et le seuil de satisfaction corporelle >=3. Les patients consultés étaient âgés de 18 à 65 ans. Le temps d’entretien varié entre 45 et 60 minutes.

Résultat – 75 patients ont été recrutés pour cette étude. Parmi ceux-ci 26 cas soit 34,7% souffrent de TSPT (score >32) alors qu’ils sont venus consulter pour une affection somatique. Leur score moyen de satisfaction corporelle est de 2.65. De ces 26 cas de TSPT, 17 sont informés de l’existence d’un psychologue clinicien dans le milieu mais seulement 7 cas ont consulté ce dernier.

Conclusion – Le résultat de cette étude confirme l’hypothèse selon laquelle 10 à 20 % des personnes exposées à un traumatisme présentent un TSPT. Ce dernier ont une perception négative de leur corps et la majorité ne consulte pas le psychologue clinicien à Bukavu.

Andy-Muller Nzinga Luzolo, Université de Kinshasa, République démocratique du Congo
Co-auteur(e)s : Tara Reman, Kenny Raha Maroyi, Denis Mukwege, Jennifer Foucart, Veronique Feipelm Jeanne Bertuit

Prevalence and risk factors of urinary incontinence among  community-dwelling adults female in Democratic Republic of Congo

Introduction : L’incontinence urinaire (IU) est une perte involontaire d’urine. Il s’agit d’une affection très courante dans le monde entier, dont la prévalence varie entre 15 % et 55 % dans population féminine [1]. Il n’existe pas de données épidémiologiques chez les femmes adultes (≥ 18 ans) vivant en communauté en République Démocratique du Congo (RDC). L’objectif est de ressortir la prévalence et les facteurs qui favorisent la survenue de l’IU.

Méthodologie : c’est une étude transversale communautaire menée en 2021-2023 chez 507 femmes (≥18 years) dans 6 Centres de Santé des provinces (Kongo central, Kasai-Oriental, Equateur, Kinshasa, Nord et Sud-Kivu) de la RDC. L’échantillonnage était non probabiliste. Était incluse toute femme consentante parlant le Français ou pouvant être traduite. Les femmes enceintes ou en post-partum ≤ 6 mois et celles avec fistules vésicovaginales ont été exclues.  L’International Consultation on Incontinence Questionnaire Female Lower Urinary Tract Symptoms Modules (ICIQ-FLUTS), en français, a été utilisé. Les muscles du plancher pelvien étaient évalués selon le schéma PERFECT. Le test t de Student et la régression logistique binaire ont été utilisés au seuil α à 0,05.

Résultats : La prévalence de l’IU était de 31 % (IC95 % : 27 – 35,2 %), dont 51 % étaient gênées. Les prévalences des incontinences urinaires par urgenturie, d’effort et mixte étaient respectivement de 63,7 %, 11,5 % et 22,9 %. L’âge moyen des femmes incontinentes comparé aux continentes était de 36,9±15,1 ans contre 32,2±14,2 ans (p <0,001). La fonctionnalité des muscles du plancher pelvien était faible dans les deux groupes (p=NS). En analyse univariée, l’âge, le statut professionnel, la constipation, la parité, l’épisiotomie, les déchirures périnéales et la perte d’élasticité de la vulve étaient les facteurs de risque de l’IU. Mais en multivariée, seuls la constipation, l’épisiotomie, les déchirures périnéales et le statut professionnel constituaient le facteur de risque de l’IU. Aucun paramètre du plancher pelvien n’était lié à l’IU.

Conclusion : Cette étude montre que l’IU est fréquente chez les femmes adultes vivant en communauté en RDC avec une prévalence élevée (31%) correspondant à la fourchette trouvée dans la littérature des pays en développement (2,8 – 57,7%) [2]. Cette étude souligne l’importance de la sensibilisation des femmes et des professionnels de santé ainsi que de la mise en place d’une prise en charge multidisciplinaire appropriée en RDC.

Ce contenu a été mis à jour le 3 décembre 2024 à 17h06.